Développé avec Berta

    Photographe & Musicien
  1. Quand les Anges s'amusent

    Quand les Anges s'amusent...

  2. Quand les Anges s'amusent...

  3. Ces photographies ont été faites dans des classes communes du primaire, dans des petits villages de Haute-Corse, au cours d’ateliers d’arts plastiques organisés conjointement par la Direction Régionale de l’Action Culturelle, la Collectivité Territoriale et l’Éducation Nationale, dans les années scolaires 1998-1999 et 1999-2000. Je n’avais pas l’idée de faire des belles photos, j’ai juste utilisé une technique familière au service de mes intentions pédagogiques. Je voulais montrer aux enfants qu’on pouvait voir les choses différemment et qu’il n’y avait pas une vision plus réelle que les autres. Nous avons d’ailleurs pratiqué mille et une autres expériences qui ne faisaient pas appel à la photographie. 12 ans après, je cherchais une de ces images pour parler d’autisme. J’ai été très ému de retrouver ces enfants tellement lumineux et engagés. Les lancés, les crachés et les tracés de lumière sont à la fois généreux et tout à l’image du gamin qui l’accomplit. Les matières projetées, liquides ou poudreuses, immédiates et fugitives, se confrontent avec celle des arrières plans, le mur passé de l’église, un vieux chêne vert, … Les enfants, dans un présent exubérant, relient l’éphémère à l’immuable, invitent le passé à l’avenir, dansent avec joie, application et délicatesse. Avec le recul, je me réjouis d’autant plus de ces ateliers et de l’engagement illimité de ces enfants car il s’agit d’écoliers insulaires qui habitent des toutes petites communes en montagne, et à qui on fait souvent croire que la nature est un vaste champ de tir aux cochons.

    Quand les Anges s'amusent...

  4. Avec chaque classe, nous avons commencé l'année par des séances de perturbation qui consistaient à se priver d'un sens pour développer les autres. Ainsi les enfants ont dessiné dans des cartons fermés appelés "boîte à fraterniser avec les non-voyants", où ils ne voyaient pas la feuille, ils ont essayé d'écrire dans le reflet d'un miroir, ils ont chanté des berceuses corses avec un écouteur qui leur envoyait dans les oreilles du rock arabe tonitruant, ils ont franchi des gouffres sur un trait de craie, identifié leurs camarades à l'odeur, ...  et enfin, pour prendre conscience de notre imprenable liberté et s'initier aux techniques du déplacement par l'esprit, ils ont dessiné un arbre et une vache vus de dessous. C'était vraiment drôle, parce que les dessins représentaient plus souvent les rejets d'un cyclone qu'une paisible scène pastorale...

    Avec les "écrits de lumière", calligraphies lumineuses réalisées dans le noir total avec une lampe de poche, ou les "liquides volants", lancers de lait ou d'eau photographiés à des vitesses lentes ou très rapides, l'intention était de transmettre sans discours et par une pratique ludique la possibilité d'intervenir sur son temps et son espace, et de recevoir et accepter d'autres sensibilités ou perceptions. Ensuite, quand on découvrait les photos, j'illustrais allègrement les qualités de la différence et les joies de son partage avec des exemples animaliers comme l'odorat des chiens, si sensible que les odeurs deviennent des volumes flottants, le regard de la mouche pour qui les humains sont au ralenti comme certains mimes, ou la vision de l'abeille, aveugle au rouge, et butinant méthodiquement les ultra-violets coquelicots.

    Nous avons manipulé les couleurs en faisant des toupies pour les mélanger, découvert des aberrations de l'œil humain et inventé des vibrations cinétiques et des oscillations psychédéliques. La suite explosive fut de projeter des couleurs fluides sur une feuille mouillée fixée sur la roue avant d'un vélo couché par terre et qu'on faisait tourner à fond. Les forces centrifuges qui expulsent la couleur offraient des images rayonnantes et galactiques. Selon l'humeur du temps, nous avons aussi tenté d'autres bêtises comme d'éclairer son squelette ou de créer le monstre de la classe en choisissant, photographiant puis en assemblant une particularité de son anatomie : qui un œil louche, qui une dentition indigente, ..., chacun revendiquant haut et fort sa dite disgrâce, et voulant placer trois fois son gros nez sur le monstre commun. A la fête de fin d'année, les collages étaient exposés, les sales mioches paradaient devant le monstre et se vantaient de cette cicatrice boursouflée ou de cette oreille qui s'était trompée de côté. Dans ce monde d'apparences qui impose des modèles insipides et restreints, ce petit retournement enfantin, cette pertinence heureuse à affirmer la beauté par le bien être, fait vraiment plaisir.

    Je remercie les "Anges" pour leur enthousiasme, pour leur application farouche à faire n'importe quoi, et pour ces photos qui en témoignent.
    Nous saluons notre complice le vent euphorisant qui agite les esprits et la montagne.

  5. Quand les Anges s'amusent...


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