Développé avec Berta

    Photographe & Musicien
  1. Schneider, les enfants d'une œuvre

    Au début du XXe siècle, à Epinay-sur-Seine, Charles Schneider maître verrier (1881-1953) impose sa manufacture. Issu de l'école de Nancy, il s'affranchit de cette esthétique dont il maîtrise tous les aspects. Lors de l'Exposition universelle de 1925, ses créations exubérantes et colorées deviennent rapidement un des symboles de l'Art Déco.

    Vase, décor "Jade" poudré "Capucines"

  2. Harmonie & Chaos
    ... J'ai proposé et reçu cette alliance, entre une inspiration, la nature, et une œuvre qui lui rend hommage de l'intérieur, comme une nouvelle création ou créature de la nature elle-même. Les lumières du jour ont toujours été favorables et en phase avec les qualités de texture, la diversité des transparences et l'intensité des couleurs. Du fait de la taille des vases, les petits univers qui sont devenus leurs écrins naturels ne sont pas prévisibles. L'échelle qui leur va bien n'est pas humaine, et je ne pouvais pas présumer d'une image. Je me baladais donc avec une poignée de vases et mon matériel un peu lourd (je travaille en argentique avec un vieux boîtier moyen-format), dans des coins que me dictaient mes souvenirs et mes intuitions. Petit à petit, mes yeux s'adaptaient à la mesure des vases, voyaient le monde et les perspectives dans des proportions correspondantes. Alors les vases sautaient de mon sac, se débarbouillaient de leur plastique à bulle, et venaient se positionner dans leurs petits décors en se faisant reluire le nombril au soleil. La seule violence, c'était de les arracher de là après la prise de vue.
    Je n'aime pas cueillir les fleurs...

    Détail d'une coupe bijou

  3. 21 Novembre 2008 : J'avais rendez-vous avec la plage noire de Nonza à l'Ouest du Cap Corse. Une des rares images préméditées, entre un groupe de vases dit "Godron", des sortes de gros et lourds fruits d'eau transparents et côtelés comme le croisement épluché d'agrumes géants avec des citrouilles, et ce sable noir et brillant face à la mer et à la lumière. Météo merveilleuse, un vent violent qui déchirait les vagues, l'écume blanche qui escortait les mouettes, le ciel sombre et lumineux comme en Islande... J'ai trouvé mon endroit, une sorte de crête sur la plage comme le dos d'une baleine noire ; je me sentais très gâté, léger, le vent m'avait vidé la tête... Je faisais mes allers-retours de mon fourgon à la plage pour apporter les vases. Mon matériel était déjà sur place. J'apportais le quatrième vase quand d'un coup, dans le vacarme de la tempête, une énorme vague claque sur la plage, rebondit sur le sable, sa lente et inexorable coulée blanche envahit la plage et emporte mes trois vases... J'étais à vingt mètres, pétrifié, l'esprit propulsé dans un monde bouillonnant de pensées décousues. Les vases qui roulaient gonflaient l'écume comme des grosses bulles qui glissaient vers la mer...
    J'ai retrouvé les vases ; l'un d'eux était éclaté... Je suis resté là jusqu'au soir, à ne rien comprendre, à ne pas y croire. A la nuit, je n'ai pas pu partir. La tempête ne lâchait rien, les vases et mon matériel étaient couverts de sel. Tard, j'ai tout rangé, et je me suis couché dans mon fourgon secoué par les rafales. Le matin, la plage avait disparu, mangée par les vagues. Je suis parti...
    Et voilà, il s'est passé ce qui ne devait pas arriver. J'ai cassé un vase, une œuvre d'art unique et belle. Toute ma joie, l'évidence de ces photos, la confiance de mes commanditaires, ces belles alliances évoquées plus haut, tout ça balayé en un instant (clin d'œil immortel), par une vague... Je suis rentré chez moi, j'ai lavé les vases et les bouts de verre comme on prépare un mort pour notre dernier regard. Sans en prendre conscience, j'ai à ce moment là intégré l'événement. La destruction appartient à la création tout autant que la mort est seule garante de la vie. Il s'est mis à neiger et j'ai pris ça comme un appel. J'ai rechargé mon fourgon avec des beaux vases et suggéré à mon appareil des merveilles de verres colorés sur la neige pure. J'ai fait monter Poufi, ma vieille chienne de compagne qui serait bien restée près du poële, et nous sommes partis en montagne provoquer l'avenir et accompagner le silence.

    Extrait de : Schneider, les enfants d'une œuvre : ISBN 978-2-7466-4320-8


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