Développé avec Berta

    Photographe & Musicien
  1. La Mort

    Autopsie prématurée - 2

  2. Adoration du Christ, couvent d'Alesani, Haute Corse

  3. Mais je crains pas tellement ce lugubre imbécile
    qui viendra me cueillir au bout de son curdent
    lorsque vaincu j'aurai d'un œil vague et placide
    cédé tout mon courage aux rongeurs du présent.

     Raymond Queneau, "L'Instant fatal"

  4. La Mort utile

  5. Bannière de procession, San Nicolao, Haute Corse

  6. Nemini Parco  ( Je n’épargne personne )

    J’voudrais m’taper la belle faucheuse
    C’est mon côté goudou gothique
    Et embrasser sa bouche rieuse
    Même si c’est pas très catholique

    J’voudrais serrer la ténébreuse
    Sur une litière plutôt rustique
    J’voudrais enfouir sa masse osseuse
    Et fourrer son sourire lubrique

    J’voudrais baiser ses orbites creuses
    J’voudrais bouriner cette bourrique
    Et dans une ronde vertueuse
    Offrir mon âme d’hérétique

    Je la renifle doucement
    Consentante et le reste
    Je la goûte tendrement
    Envoûtante et digeste

    Tout son corps est musique
    Son crâne déraisonne
    Elle sonne anal-logique
    Un xylophone en calcium

    Sa silhouette aguicheuse
    Son squelette mélodique
    Ses muqueuses mystérieuses
    La Mort est angélique

    J’voudrais me faire ce reliquaire
    Sur un cantique frénétique
    J’voudrais lécher l’absence de chair
    De son bassin impudique

    J’voudrais remplacer ses ovaires
    Par mes deux yeux extatiques
    J’voudrais m’embourber cet ossuaire
    Mais de façon scientifique

    J’voudrais mourir intra mortem
    De cette copulation mortelle
    J’voudrais mourir parce que je l’aime
    Parce que la mort est immortelle

  7. Petite Danse Funèbre

  8. Quand je mourrai, ce soir peut-être,
    Je n'ai pas de jour préféré,
    Si je voulais, je suis le maître,
    Mais... ce serait mal me connaître,
    N'importe, enfin, quand je mourrai.

    Mes chers amis, qu'on me promette
    De laisser le bois... au lapin,
    Et, s'il vous plaît, qu'on ne me mette
    Pas, comme une simple allumette,
    Dans une boîte de sapin ;

    Ni, comme un hareng, dans sa tonne ;
    Ne me couchez pas tout du long,
    Pour le coup de fusil qui tonne,
    Dans la bière qu'on capitonne
    Sous sa couverture de plomb.

    Car, je ne veux rien, je vous jure ;
    Pas de cercueil ; quant au tombeau,
    J'y ferais mauvaise figure,
    Je suis peu fait pour la sculpture,
    Je le refuse, fût-il beau.

    Mon voeu jusque-là ne se hausse ;
    Ça me laisserait des remords,
    Je vous dis (ma voix n'est pas fausse) :
    Je ne veux pas même la fosse,
    Où sont les lions et les morts.

    Je ne suis ni puissant ni riche,
    Je ne suis rien que le toutou,
    Que le toutou de ma Niniche ;
    Je ne suis que le vieux caniche
    De tous les gens de n'importe où.

    Je ne veux pas que l'on m'enferre
    Ni qu'on m'enmarbre, non, je veux
    Tout simplement que l'on m'enterre,
    En faisant un trou... dans ma Mère,
    C'est le plus ardent de mes voeux.

    Moi, l'enterrement qui m'enlève,
    C'est un enterrement d'un sou,
    Je trouve ça chic ! Oui, mon rêve,
    C'est de pourrir, comme une fève ;
    Et, maintenant, je vais dire où.

    Eh ! pardieu ! c'est au cimetière
    Près d'un ruisseau (prononcez l'Ar),
    Du beau village de Pourrière
    De qui j'implore une prière,
    Oui, c'est bien à Pourrières, Var.

    Croisez-moi les mains sous la tête,
    Qu'on laisse mon oeil gauche ouvert ;
    Alors ma paix sera complète,
    Vraiment je me fais une fête
    D'être enfoui comme un pois vert.

    Creusez-moi mon trou dans la terre,
    Sous la bière, au fond du caveau,
    Où tout à côté de son père,
    Dort déjà ma petite mère,
    Madame Augustine Nouveau.

    Puis... comblez-moi de terre... fine,
    Sur moi, replacez le cercueil ;
    Que comme avant dorme Augustine !
    Nous dormirons bien, j'imagine,
    Fût-ce en ne dormant... que d'un oeil.

    Et... retournez-la sur le ventre,
    Car, il ne faut oublier rien,
    Pour qu'en son regard le mien entre,
    Nous serons deux tigres dans l'antre
    Mais deux tigres qui s'aiment bien.

    Je serai donc avec les Femmes
    Qui m'ont fait et qui m'ont reçu,
    Bonnes et respectables Dames,
    Dont l'une sans coeur et sans flammes
    Pour le fruit qu'elles ont conçu.

    Ah ! comme je vais bien m'étendre,
    Avec ma mère sur mon nez.
    Comme je vais pouvoir lui rendre
    Les baisers qu'en mon âge tendre
    Elle ne m'a jamais donnés.

    Paix au caveau ! Murez la porte !
    Je ressuscite, au dernier jour.
    Entre mes bras je prends la Morte,
    Je m'élève d'une aile forte,
    Nous montons au ciel dans l'Amour.

    Un point... important... qui m'importe,
    Pour vous ça doit vous être égal,
    Je ne veux pas que l'on m'emporte
    Dans des habits d'aucune sorte,
    Fût-ce un habit de carnaval.

    Pas de suaire en toile bise...
    Tiens ! c'est presque un vers de Gautier ;
    Pas de linceul, pas de chemise ;
    Puisqu'il faut que je vous le dise,
    Nu, tout nu, mais nu tout entier.

    Comme sans fourreau la rapière,
    Comme sans gant du tout la main,
    Nu comme un ver sous ma paupière,
    Et qu'on ne grave sur leur pierre,
    Qu'un nom, un mot, un seul, GERMAIN.

    Fou de corps, fou d'esprit, fou d'âme,
    De coeur, si l'on veut de cerveau,
    J'ai fait mon testament, Madame ;
    Qu'il reste entre vos mains de femme,
    Dûment signé : GERMAIN NOUVEAU.

    Germain Nouveau, "Dernier madrigal", extrait de "Valentine et autres vers"


it's time to create
some sections